Au Cameroun, des enseignants essaient de payer la rançon d’un collègue kidnappé

Bouba Samson a été élevé en fin août à Mbatu, dans la région du Nord-ouest. Ses ravisseurs réclament 6 millions de francs de rançon.

Le 23 août 2019, soit quelques jours avant la rentrée scolaire pour l’année 2019-2020, un enseignant de français a été enlevé à Mbatu, localité située dans l’arrondissement de Bamenda II, région du Nord-ouest. Bouba Samson, en service au lycée bilingue de Fundong toujours le Nord-ouest, était chez lui avec sa femme quand des personnes non identifiées l’ont kidnappé. Les ravisseurs réclament une rançon qui s’élèverait à 6 millions de francs.

Enseignants en danger

Depuis que la crise anglophone a pris de l’ampleur dans les régions anglophones, le secteur de l’éducation est parmi les plus attaqués. Cibles privilégiées des sécessionnistes et autres groupes armés qui pullulent dans la zone, la plupart des enseignants ont préféré déserter les établissements pour se réfugier dans les zones plus sécurisées, laissant sur place les plus téméraires.

Pourtant, même dans les zones jugées sécurisées, ceux qu’on appelle « seigneurs de la craie » ne sont pas pour autant à l’abri. Le cas récent de Wountai Olivier, kidnappé en mai dernier puis décapité, et dont la tête a été déposée au niveau de Nkwen en pleine ville de Bamenda le démontre à suffisance. Pareil pour Bouba Samson qui a été enlevé en pleine ville de Bamenda.

Silence radio

Le plus déconcertant dans cette situation qui met l’éducation en péril, c’est le silence, voire l’indifférence des autorités politiques, éducatives et sécuritaires. Par exemple, depuis que Bouba Samson a été enlevé aucune action n’a visiblement été entreprise pour lui venir en aide de quelque façon que ce soit. Un enseignant, collègue de Bouba, indique que « le délégué régional, notre principal et le gouverneur n’ont rien dit de concret ».

Or, les ampliations qui figurent au bas du communiqué du Délégué Régional des Enseignements Secondaires pour le Nord-ouest, indiquent clairement que la hiérarchie a été informée de la situation. Malgré tout, Bouba Samson est abandonné à son triste sort.

Mobilisation

Face à l’inaction des autorité « compétentes », quelques enseignants ont pris l’initiative de collecter de l’argent pour payer la rançon de leur collègue. Dans les groupes d’enseignants sur les réseaux sociaux les enseignants essaient de réunir les 6 millions nécessaires pour libérer leur infortuné collègue.

Pourtant, il reste encore des questions à régler : une fois l’argent collecté (en espérant que la totalité du montant de la rançon soit atteint), qui contactera les ravisseurs ? ensuite, comment la rançon leur sera-t-elle remise ?

Selon la femme de Bouba Samson, les kidnappeurs utilisent le téléphone de leur victime pour communiquer. C’est peut-être parce là qu’il faudra les contacter. Mais la question sécuritaire reste posée : quelle assurance les enseignants ont-ils qu’en essayant de rencontrer les ravisseurs de leur collègue ils ne sont pas eux-aussi en danger ?

Des mesures s’imposent

Il est grand temps que les autorités prennent enfin des mesures concrètes pour assurer la sécurité des enseignants qui exercent dans la zone de guerre que sont devenues les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest Cameroun.

En fin mai dernier, le Bureau exécutif national du Collectif des Enseignants Indignés du Cameroun (CEIC) avait annoncé un mouvement de protestation suite à la décapitation de Wountai Olivier. Malgré une rencontre organisée par les autorités, aucune garantie n’a pu être donnée aux enseignants qui puisse les rassurer sur le plan sécuritaire. Avec la situation qui empire, il devient plus qu’urgent que les enseignants qui exercent dans les régions anglophones soient redéployés.

3 Commentaires

  1. On kidnappe les enseignants et on demande aux enfants de rentrer à l’ecole. C’est pas rassurant du tout

  2. Mon Dieu mais qu’est -ce qui arrive à ce pays, je suis offusquée de voir que depuis tout ce temps la situation ne s’améliore pas. Quand je pense que j’ai travaillé pendant 2 ans pas loin de Fundong, sa me donne des sueurs froides. Une connaissance qui travaille dans une l’une de ses régions m’a dit que les enlèvements sont très souvent ciblé, on enlève des personnes dont on sait que la famille pourra trouver la somme demandé, c’est regrettable. We really need to do something.

    • Le pire c’est que c’est en pleine ville qu’il a été enlevé. Ce n’est pas à Fundong. C’est dire à quel point le niveau d’insécurité est élevé. Quelque chose doit être fait, mais en attendant les enseignants eux-même doivent se mettre à l’abri.

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