Quelles réformes pour l’éducation au Cameroun ?

La banque mondiale vient d’octroyer au Cameroun une aide à hauteur de 130 millions de dollars pour un projet de réforme de l’éducation. Le projet a pour but d’améliorer l’accès à une éducation de base de qualité, avec un accent mis sur les zones défavorisées. Il se pose, en effet, un problème de qualité de l’éducation au Cameroun, et dans notre contexte, une réforme serait salutaire au vu des performances des apprenants sur le terrain qui ne cessent de dégringoler au fil des années.

Un système qui date

La première école a été créée au Cameroun par des missionnaires. C’était à Bimbia dans les années 1844. Un an plus tard, soit en 1845, Alfred Saker, un autre missionnaire, crée une autre école à Bethel cette fois-ci. Plus tard,        pendant la période coloniale, de nombreuses autres écoles sont construites par les métropoles et l’éducation s’étend un peu plus à l’intérieur du pays. La dernière phase de l’implantation de l’école au Cameroun, c’est après les indépendances, c’est-à-dire dès 1960.

Le découpage ci-dessus nous permet de donner la précision suivante : à chaque phase de son implantation ou de son développement, l’école au Cameroun avait un but bien précis. Les missionnaires, par exemple, avaient un but essentiellement « civilisateur ». La création des écoles leur permettait de faciliter le processus d’évangélisation en donnant aux « indigènes » la possibilité de lire et de mieux appréhender les doctrines qui leur étaient inculquées. Pendant la période coloniale, l’école sert principalement à former l’élite « indigène » qui servirait d’auxiliaire d’administration. La création des écoles leur permettait de faciliter le processus d’évangélisation en donnant aux « indigènes » la possibilité de lire et de mieux appréhender les doctrines qui leur étaient inculquées. Pendant la période coloniale, l’école sert principalement à former l’élite « indigène » qui servirait d’auxiliaire d’administration.

Pour atteindre le but fixé, il fallait à chaque fois faire des réformes dans le but d’adapter l’éducation aux objectifs à atteindre, tout en tenant compte du contexte. Que s’est-il donc passé après les indépendances dans le système éducatif au Cameroun ?

Reformes engagées

Depuis les indépendances, le système éducatif légué par les colons a peu évolué au fil des décennies. Il a cependant fallu quelques réformes pour adapter le nouveau système aux réalités linguistiques du pays.

Le Cameroun ayant été sous tutelle franco-britannique, il a fallu, après la réunification, redéfinir la structure du système éducatif de sort qu’il prenne en compte le caractère bilingue du pays. Le système éducatif Camerounais a donc été subdivisé en deux sous-systèmes, le sous-système francophone et le sous-système anglophone, chacun ayant des spécificités bien propres

Au niveau de la pédagogie, c’est-à-dire des méthodes d’enseignement, une certaine évolution a également été observée, notamment au niveau de l’approche pédagogique. L’ancienne approche, dite Pédagogie Par Objectif (PPO) a cédé la place il y a environ 5 ans à l’Approche par les Compétences (APC). Cette nouvelle approche vise à autonomiser les apprenants en leur permettant d’effectivement utiliser les savoirs qui leur sont enseignés pour résoudre des problèmes qu’ils rencontrent au quotidien.

L’autre réforme qui vaut la peine d’être mentionnée ici, c’est le Programme d’Éducation Bilingue Spécial (PEBS) lancé il y a plus de 10 ans dans une soixantaine d’établissements pilotes, qui dont l’objectif est de rendre effectif le bilinguisme chez les apprenants en intensifiant les programmes de langue (les cours de littérature y sont ajoutés par exemple) mais aussi en misant sur d’autres modules d’apprentissage non linguistiques.

Les réformes citées plus haut ont-elles amélioré la qualité de l’éducation pour autant ? Les résultats scolaires de ces dernières années et le niveau des apprenants en chute libre laissent penser le contraire.

La réforme du contenu

Les réformes que nous avons citées plus haut ont touché plusieurs aspects du système éducatif, sauf un : le contenu. Est-ce la raison de l’échec de ces politiques éducatives ?

Il y a quelques années, le gouvernement a entrepris de professionnaliser les enseignements au Cameroun, et cette ambition s’est matérialisée entre autres par l’adoption de l’approche par les compétences, par la révision des programmes scolaires et par la création de lycée professionnels. Et si à ce jour on n’observe pas réellement de changement dans l’éducation au Cameroun, c’est simplement parce que le contenu est l’élément qui définit tout.

L’introduction de l’APC dans le système éducatif s’est accompagnée de ce qu’on a appelé « nouveaux programmes ». En fait il n’en était rien. Il s’agissait simplement d’une réorganisation des anciens programmes, et même si les livres au programme ont été revus, il n’en demeure pas moins vrai que les contenus sont restés identiques, et qu’on les a simplement regroupés d’une façon différente pour respecter les différents modules.

En quoi la qualité de l’éducation va s’améliorer si on enseigne les mêmes choses de façon différentes ? Il est donc nécessaire de s’appuyer sur des éléments bien précis pour définir les critères d’une éducation de qualité.

Les objectifs, le contexte et les besoins

Nous l’avons dit plus haut, une réforme doit tenir compte de l’objectif et de la mission qu’on assigne à l’éducation. Pendant la colonisation, l’école servait un but précis : former des auxiliaires de l’administration coloniale. En conséquence, le contenu enseigné était adapté à cet objectif là. Le souci c’est qu’après les indépendances les objectifs ont visiblement changé, mais le pas le contenu.

Dans des matières comme l’histoire on continue à enseigner un contenu qui est plus porté sur l’extérieur que sur l’Afrique ou le Cameroun. En éducation à la citoyenneté, l’étude des systèmes politiques européens occupe une grande place dans le programme, et personne n’en questionne l’utilité. Pareil en géographie où le climat et le relief des régions éloignées du Cameroun sont encore dans le programme. Même souci pour les langues dites vivantes, enseignées à nos apprenants et dont on se demande l’apport réel dans la construction du citoyen qu’on veut pour le Cameroun.

L’amélioration de l’éducation au Cameroun doit tenir compte des besoins du pays. Ensuite, pendre en considération le contexte. Par exemple, le Cameroun est un pays où 54,5% des ménages pratiquent l’agriculture (dont 81,8% en milieu rural) et où les terres sont fertiles. C’est un atout pour le pays et exploiter cette particularité serait un coup d’accélérateur pour le développement (en 2017, la contribution de l’agriculture à la croissance économique du Cameroun a été de 76,38%).

A partir de là, on peut déduire que dans nos programmes il serait indispensable de prévoir des cours d’agriculture, et pourquoi pas de créer des séries dédiées à cette activité dès le secondaire. Ce serait un pas vers la professionnalisation des enseignements, et les produits d’un tel système seraient opértionnels même dès la classe de troisième.

Pour les matières comme l’histoire, la géographie ou l’éducation à la citoyenneté, les programmes gagneraient à être centrés sur le Cameroun. Par exemple, l’étude détaillée de des textes et des lois qui régissent le pays (la constitution, le code pénal, le code électoral, le code civil, etc.) constitueraient un contenu bien plus approprié que l’étude des systèmes politiques étrangers. L’étude des langues nationales au lieu des langues étrangères dites vivantes serait également une grande avancée.

Contexte d’apprentissage

Le contenu est important, mais le contenu n’est pas tout. Une réforme de l’éducation doit également tenir compte des conditions dans lesquelles les apprenants évoluent, dans quels bâtiments ils reçoivent les enseignements. Si le personnel n’est pas qualifié, si les établissements ne permettent pas que les élèves soient pris en charge en cas de malaise ou de maladie, il se peut que toutes ces réformes ne changent rien.


Nous nous réjouissons de ce qu’une réforme de l’éducation se prépare au Cameroun, et sommes curieux de savoir comment elle sera implémentée. Mais surtout, nous espérons qu’elle le sera de façon à réellement améliorer la qualité de l’éducation au Cameroun.

Photo : GPE/Carine Durand

2 Commentaires

  1. Les lycées professionnels existent (même en agriculture), l’un des problèmes est l’accompagnement pratique et professionnel de ces filières

    • Il existe a notre connaissance un seul lycée professionnel opérationnel, le lycée technique et professionnel de Yabassi. Trois ou quatre autres sont prévus mais n’existent pas encore.

      Le problème avec ces lycées pour le moment c’est qu’ils sont l’exception et non la règle. Ma réforme telle que nous l’espérons devra inverser la tendance

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